J Giraud, député des Hautes Alpes a introduit le débat :
-La diversification des stations s’impose à cause du changement climatique
-L’accessibilité par les transports collectifs est une faiblesse de la France (mauvaise qualité des infrastructures), à cela s’ajoute une forte pression du trafic interne de poids lourds.
-La mobilité interne reste à charge des collectivités publiques et c’est une question importante.
Le développement durable ne peut donc se faire sans aide publique.
JC Loubier (collaborateur scientifique à l’université de Genève, géographe) a fait un exposé sur les incidences du changement climatique :
Le changement est dû à la présence de gaz à effet de serre: naturels (gaz triatomiques comme H2O ou O3) ou inventés par l’homme (CFC,..) qui ont une capacité très développée à retenir l’énergie. La prise de conscience de l’augmentation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère a conduit le G8 à créer en 1988 le GIEC, organisme qui ne fait pas de recherches mais des synthèses.
Une modélisation a permis d’envisager les enjeux globaux pour les Alpes, petit massif à l’échelle du monde.
Quelques données :
La France a 329 stations de ski (record mondial du nombre de stations, de téléskis et de débit total skieurs/heure). Leur chiffre d’affaire global est de 1000 millions d’euros environ dont 99% pour les cent premières, les 200 autres se partageant le 1% restant. Une enquête faite en 1999 a montré que le ski de piste jouait un rôle très important, direct et indirect, dans le maintien de l’activité.
La neige de culture coûte 0,80 euros par m3, et 30 cm sur 50 ha coûtent 320 000 euros.
La production de neige artificielle par an est de 95 millions de m3 sur l’arc alpin, c’est équivalent à la consommation en eau d’une ville de 1,5 millions d’habitants.
Si la neige artificielle garantit l’activité, elle a un impact sur l’environnement et pose à long terme la question de la préservation de la diversité; la vitesse d’extinction des espèces est en effet très rapide actuellement et c’est l’étage subalpin qui est le plus riche et le plus touché.
La neige de culture est plus dense que la neige naturelle, plus abrasive pour le couvert végétal la durée de retour à l’état initial est de 30 ans après un enneigement artificiel.
Un représentant des stations de ski se croyant persécuté est intervenu violemment …contestant des chiffres qu’il a fini par reconnaître exacts.., ce fut houleux
A. Boulogne, maire des Gets (et chargé de mission Montagne) a présenté ensuite la réflexion et l’action conduites aux Gets depuis le début de son mandat.
Selon lui, la station de ski des Gets n’en a plus que pour 25 à 30 ans, les premières décisions de diversification doivent donc être prises aujourd’hui mais la population n’est pas prête: quand on en remplace une remontée mécanique (qui a à peu près une durée de vie de 30 ans) il faut déjà lui prévoir une autre vocation.
Pour les décisions plus ordinaires, on a besoin d’un horizon à 10 ans pour décider, cela dépasse le mandat du maire; ensuite la comptabilité publique ne permet pas de faire des réserves pour les mauvaises années et d’intégrer l’aléa climatique.
Une enquête effectuée a montré que la clientèle venait pour le paysage (« effet waou ! », » l’anti-ville »), la montagne étant le dernier territoire vierge où la ville n’est pas présente.
Un projet village a été établi (2007-2013) comprenant: Révision du PLU, Mobilité(douce) pour tous, Amélioration de l’accueil, Habitat et bien être et offre culturelle.
Il a fallu revenir en arrière sur le POS qui permettait une forte construction, le manque d’eau a permis un moratoire sur les permis de construire (mais il y a eu des recours). Pour le futur se pose la question de gérer la forte demande (on manque d’outils législatifs, faudrait-il tirer au sort comme en Suisse..ou définir des priorités : équipements collectifs, culturels, logements sociaux) ? Enfin il faut faire évoluer l’habitat pour limiter les émissions de CO2, la France est en retard et émet 20% de plus que ses voisins dans ce domaine.
En ce qui concerne la mobilité, il faut revenir en arrière sur le 100% voiture. Là encore le bon sens a joué : une étude a montré qu’il manquait 1000 places de parking , or chaque place prend 5m2 au sol, et il en faut 3 par véhicule (domicile, remontées mécaniques et à proximité des commerces), l’ impossibilité de fournir cette surface de 15 m2 alliée à la question du CO2 a conduit à développer les transports en commun à l’intérieur mais il faut assurer aussi l’accessibilité, et là c’est surtout le dernier km qui compte, le client ayant besoin d’être rassuré par notamment un cadencement comme en Autriche ou en Suisse.
Habitat et transport sont les deux priorités actuelles. Toutes les orientations sont expliquées sous forme de plaquettes (eau, PLU..etc).
Aujourd’hui en Savoie/Haute Savoie il y a 8000 lits nouveaux par an (l’équivalent d’une station nouvelle), on cherche les clients partout dans le monde, mais alors que le nombre de clients skieurs va doubler dans le monde d’ici 15 ans, le nombre de lits touristiques va tripler : la course du quantitatif est perdue, reste le qualitatif : il faut arrêter de construire et améliorer l’existant : le PLU doit être restrictif.
La communauté de communes du pays des Ecrins a présenté l’audit environnemental en cours qui combine l’analyse de l’impact du fonctionnement de la station et l’impact estival : pastoralisme, randonnée et phénomènes naturels.
Le président de l’Association Nationale des Maires de Stations de Montagne a annoncé la préparation d’une charte nationale de développement durable (conférence de presse prévue le 9 oct) en collaboration avec Mountain Riders et l’ADEM.
Les grandes orientations sont la préservation et la mise en valeur :
Il est question de rénover l’habitat existant (l’isoler), de préserver le paysage et les espaces naturels, et de favoriser les modes de déplacement « performants » et respectueux de l’environnement, d’opérer le tri sélectif, de développer des activités touristiques bien intégrées dans l’environnement (neige de culture sans additifs, on rappelle qu’en France 19% des pistes sont couvertes par de la neige artificielle.)
105 stations y adhèrent et un comité de suivi sera formé.
M.Moreau (CIPRA) a déploré qu’il n’existe pas d’outil pour mesurer le CO2 produit par les stations de ski en France, et que le contrôle des émissions ne rentre pas dans les préoccupations des signataires de cette Charte.
L’après midi, deux ateliers ont eu lieu.
- Instruments d‘évaluation environnementale et développement durable.
Une conférence en Allemand un peu pénible à suivre en traduction française ( pro natura pro ski)
Une présentation sérieuse d’un travail de la FRAPNA par H. Coppin et D. Hiribarrando : « diagnostic environnemental des stations de ski » financé par le conseil régional. On y cherche à évaluer l’empreinte environnementale pour orienter les politiques publiques en matière d’aménagement de la montagne; les différents critères à prendre en compte sont présentés séparément sans agrégation, l’étude est en cours.
Points faibles : refus de coopérer de la Frapna Savoie qui empêche de donner un résultat commun et en temps voulu, absence de prise en compte des transports et de l’accessibilité et surtout méconnaissance d’un précédente étude de la Cipra qui avait déjà établi des critères (reproche fait en salle).
La partie a donc été trop belle ensuite pour Mountain Riders qui bénéficiait d’une forte représentation, on est alors passé de l’objectif au subjectif le plus total, un certain nombre de critères sont choisis de façon arbitraire, on ne les agrège pas on ne les quantifie pas, c’est un peu au feeling et fort peu rigoureux. Mais ces jeunes sont actifs passionnés cherchent à sensibiliser les gens à l’environnement et malgré ce côté naïf et amateur, ils semblent pris au sérieux par les stations qui répondent à leur questionnaire, ce qui leur permet dans leur « guide vert » (qu’ils renoncent à vendre) de conseiller telle station plutôt que telle autre. Je trouve tout de même qu’on leur a laissé beaucoup de place dans ce colloque…même chose le lendemain à Montgenèvre.
Lors de la synthèse on a insisté sur l’importance de la demande des clients étrangers plus attentifs aux problèmes d’environnement pour tenter de sensibiliser les acteurs, et l’importance du travail en réseau ( cf :Alliance dans les Alpes)
Pendant ce temps dans l’autre salle on traitait de diversification : la Station des Orres y a déguisé, m’a-t-on dit, de vieilles solutions (UTN, nouvelles constructions) sous des habits neufs de durabililité, les autres maires du département présents ont protesté de cet artifice (et regretté les financements qui leur avaient échappé.).
Le lendemain, nous avons eu la présentation à Montgenèvre de la norme ISO 14001 entre autres.
La station de Montgenèvre rencontre des problèmes d’eau, et doit en période de pointe privilégier l’eau potable, la rareté limite donc la production de neige artificielle, mais la station a bien tourné cette année en produisant moins de neige que l’an passé.
Enfin malgré l’ensoleillement important, il est difficile d’utiliser l’énergie solaire à cause de la neige présente sur les toits.. Le golf a été critiqué pour sa consommation en eau notamment, mais le maire a justifié de son intérêt, pour le paysage et l’activité, il faut dire que c’était le seul endroit un peu animé en ce samedi matin..
Les représentants présents de La Compagnie des Alpes ont déclaré à l’occasion entrer actuellement dans une telle démarche de certification.
En conclusion de ce colloque: on sent une volonté de certaines stations de ne pas détruire leurs atouts et la prise de conscience progresse. Il y a encore du chemin à faire pour les outils d’évaluation.
Une interrogation : comment ou pourquoi a-t-on laissé tant de place à Mountain riders? Leur outil d’évaluation n’a rien de bien sérieux..